Comment vas-tu, je m'en fous.
Nous avons des coutumes dans notre société
Qui font de nous tous des gens civilisés ;
On se salue, se dit bonjour, comment ça va ?
Très bien merci, comme il fait beau, et caetera.
Mais en fait on s'en fout de la santé de l'autre
Celle qui nous occupe c'est seulement la notre
Parfois on voudrait pouvoir en discuter,
Mais c'est tout bêtement impossible, Tenez !
Il y a quelques temps, bloqué par une sciatique,
Handicapé presque autant qu'un paralytique,
Souffrant comme un damné tout en serrant les dents
J'ai rencontré plusieurs personnes qui, c'est évident
M'ont demandé : "Comment vas-tu" ? tout en attendant
Le traditionnel : "Très bien, ça baigne", comme répondant.
Mais sur ce coup là je n'ai pas joué civique ;
J'ai répondu : "Pas bien du tout, j'ai une sciatique".
Je m'attendais au minimum à de la compassion,
Une grimace, un geste, une petite attention,
Un mot de réconfort : "courage, ça va passer"
"Tu es solide, serres les dents, fais de la kiné".
Au lieu de cela le premier m'a dit morose
"Oh moi depuis douze ans je fais de l'arthrose".
Et le suivant m'a fait remarquer :
"Ma mère a eu ça, elle est paralysée".
Le troisième, d'un geste, a tout balayé :
"Oh, ça c'est rien, moi quand j'ai été opéré …."
Alors chez moi je suis rentré, rencontrant en chemin
L'amour d'un chien qui m'a léché les mains.
Et désormais quand vient la traditionnelle question
Je ne réponds rien ; de toute façon, à quoi bon ?
Personne n'attend vraiment de réponse,
Seul le nombril, fait l'intérêt du monde.